Première partie

C’est le jeudi 19 septembre 2024 qu’ a été produite, dans le studio d’enregistrement du PAVM (Pôle Audio Vidéo Multimédia) de l’Université Jean Moulin – Lyon 3, la première journée du colloque « ReVolThés – Rejouer Voltaire au Théâtre » organisée par Margaux Caquant et Loïc Dechambenoit, avec l’aide d’Audrey Gelin.
Il s’agissait d’examiner ce qui, pour Voltaire, se joue sur scène, de la façon dont la dramaturgie voltairienne conserve une actualité réelle. Cette problématique n’est évidemment pas tout à fait neuve, y compris à l’université. En 2019, le premier volume du « Théâtre complet » de Voltaire dirigé par Pierre Frantz paraît en effet aux éditions Classiques Garnier. Son introduction propose de voir dans le Voltaire dramaturge, celui qui – rappelons-le – a connu la gloire en son temps au point de se hisser au statut de classique, une entité stable et solide sur laquelle travailler, par opposition au « Voltaire nébuleux » dont le nom circule volontiers dans la société, dans les médias, parfois même à l’école. Le Voltaire dramaturge apparaît, par opposition, plus concret. Sa pensée et son style s’incarnent dans un objet qui ne doit plus être seulement le livre. Pierre Frantz ne veut pas seulement s’adresser au « lecteur d’aujourd’hui » mais aussi, écrit-il, « au spectateur de demain ».
Or certains praticiens de la scène, qu’ils soient metteurs en scène, comédiens, comédiennes, dramaturges ou même compositeurs, n’ont pas attendu que se lance une édition critique complète du théâtre de Voltaire pour tenter, sous des formes diverses, de faire revenir Voltaire sur scène, tantôt comme personnage, une ombre revenue du passé qui a encore et toujours son mot à dire, tantôt en adaptant ses textes, dramatiques ou pas, à des scènes diverses. Leur expérience prouve que Voltaire peut encore faire spectacle. Les écrivains romantiques n’avaient-ils pas affirmé le contraire, au début du XIXe siècle, en le réduisant à un imitateur de Racine ? Pierre Frantz rappelle au contraire combien Voltaire était un dramaturge innovant. Les républicains et autres bourgeois de la fin du siècle ne l’avaient-ils pas réduit à un simple nom vendeur, allégorie de tout et son contraire, objet commercial avant tout comme dans la pièce d’Eugène Labiche, Brûlons Voltaire ? Ceci, et la progressive disparition de nombreux classiques du répertoire théâtral, pour des raisons esthétiques ou idéologiques, aurait pu condamner Voltaire à quitter la scène.
Il y revient pourtant, parfois là où on ne l’attend pas, pour nous raconter sa vie comme dans les pièces d’Yves Laplace, pour faire surgir la théâtralité de ses contes et autres textes dits « philosophiques » qui, pensent certains, n’ont rien à voir avec le spectacle, ou même en musique, comme le prouve le travail de Jean-Marie Curti.
Rejouer Voltaire au théâtre, c’est pouvoir l’entendre encore. Entendre la voix de l’écrivain à travers celle d’acteurs qui jouent son personnage de patriarche sur scène, mais aussi entendre la musique de son style, réhaussée par les percussions d’un opéra de poche.
Rejouer Voltaire au théâtre, c’est le voir à nouveau s’agiter sur scène, ombre majestueuse qui circule non pas parmi les vivants, comme dans Sémiramis, mais parmi des ombres moins anciennes, celles des voltairistes, des voltairiens, qui le rejoignent dans une grande scène abstraite, dans l’au-delà, pour rejouer éternellement l’Orphelin de la Chine. Reprendre aujourd’hui des pièces comme Zaïre ou La Mort de César, c’est voir renaître sur scène des situations qui, grâce aux metteurs en scènes et aux comédiens, prennent à nos yeux un sens nouveau.
Rejouer Voltaire au théâtre enfin, c’est dire et redire que le théâtre et la philosophie ne sont pas des arts distincts. Les pièces de Voltaire avaient et ont toujours quelque chose à dire, quelque chose que le texte seul, vendu en librairie, ne dit pas de la même façon. Avec Hervé Loichemol, avec Pierre Frantz et avec d’autres, il s’agissait de dire et redire encore que Voltaire doit retrouver le chemin de la scène.
L’ensemble du colloque est disponible en vidéo ici.
Programme
9h15 à 9h30 – Mot d’introduction
9h30-10h – Audrey Gelin et François Jacob : «Voltaire aux Délices, de Gérard Gruszka »
10h-11h – Candide en opéra de poche : entretien avec Jean-Marie Curti.
Pause : 11h-11h30
11h30 à 12h30 : Table ronde avec Anne Durand et la troupe de l’Entrée des Ombres, de Luc Jorand
14h30-15h : Loïc Dechambenoit : « Arrouez Voltaire : l’autodafé comme solution aux querelles politiques de la France selon Eugène Labiche. »
15h-16h30 : Entretien avec Hervé Loichemol, metteur en scène
16h30 : fin du colloque (première partie).